Portrait de femme : Aurélie Leveau

Sexothérapeute, entrepreneure et maman, Aurélie peux-tu nous en dire plus sur ton parcours et ta personne ?

J’ai toujours vu la sexualité comme quelque chose de magique, puissant et depuis l’enfance le rapport au corps me passionne. Je pensais même qu’on allait vraiment au paradis quand on faisait l’amour ! D’où l’expression 7eme ciel…

Je grandis dans un environnement privilégié où la différenciation s’inscrit plus sur le niveau social que sur la couleur de peau. Mais, en voyant au quotidien mes deux parents, couple mixte, très engagés dans la fondation qu’ils ont créée pour faire la promotion des cultures de l’Afrique et lutter contre la discrimination.

Mon environnement d’enfant est ainsi peuplé de représentations artistiques non occidentalisées, et donc de corps féminins hétérogènes, ainsi qu’une présentation de ce corps comme “vivant” (maternité, scarification, mort) et lieu d’expression (danse, transe). Je pense qu’edoni est empreint de cet héritage, de passer par le corps de façon thérapeutique, ou vecteur de connaissance de soi, voire même d’appropriation de sa propre identité.

Ayant depuis toujours une forte appétence pour la liberté je vis seule à 15 ans, et je monte mon premier business de négoce de scooter en même temps que je suis en première S au lycée Janson-de-Sailly.

Bonne élève, je suis un parcours académique assez classique d’école de commerce.

Le décès de mon père me conduit à rejoindre la fondation familiale pour assurer la pérennité de son combat pour l’Afrique, et je mets de côté mes envies d’entrepreneuriat.

À 30 ans, enfermée dans une vie routinière, j’explose. Je mets fin à 15 ans de relation, au chemin tracé qui m’attend, et je pars à la recherche de moi-même. Je me questionne sur l’amour, le désir sexuel, ce 7eme ciel dont je rêvais enfant et que je ne connais pas. Je ressens de la honte de ne pas jouir facilement et jamais avec un partenaire. Je cherche alors une solution simple et clé en main pour découvrir mon corps, m’approprier ma sexualité, apprendre à prendre du plaisir, mais je ne trouve rien. Je me mets alors à lire, chercher des solutions concrètes, explorer des ateliers aux 4 coins de la planète (Goa en Inde, Burning Man aux États-Unis, etc...), et je récolte d’experts des exercices concrets, souvent peu connus, qui fonctionnent incroyablement bien. Je finis par savoir jouir plus de 10 fois, et même sans contact physique (orgasme tantrique). Très vite, on me demande d’animer des ateliers pour des femmes autour de la sexualité pour transmettre ce que je sais, notamment pour des femmes victimes d’abus. J’y présente la sexualité comme créatrice de connexion profonde, avec soi-même et l’autre, et pas quelque chose de superficiel.

Passionnée, je passe le diplôme de sexothérapeute dans la foulée pour aller plus loin. Rapidement j’interviens en tant qu’experte pour de grands magazines comme Elle, et auprès de professionnels de santé pour les former à ces problématiques, ainsi que le ministère de la santé. Dans la foulée, edoni apparait comme la concrétisation de tout cela, l’engagement de rendre l’épanouissement sexuel simple et plus tabou qui est ma mission de vie.

Peux-tu nous présenter edoni et nous donner les raisons qui t’ont poussées à la créer ?

Edoni, c’est l’appli pour avoir une sexualité épanouie, seul.e ou à deux. Comme un parcours de méditation ou de yoga, vous avez votre programme d’accompagnement pour booster votre épanouissement sexuel solo et votre couple.

Nous proposons en fait aux gens de reprendre le contrôle de leur sexualité, c’est-à-dire d’apprendre à prendre du plaisir, donner du plaisir, et d’avoir une connexion plus profonde. Tout cela pour leur permettre d’atteindre leur pleine puissance, d’être pleinement eux-mêmes.

C’est un condensé des meilleurs exercices et techniques du monde, rendu accessible à tout le monde. On a aussi fait tout un travail d’innovation pédagogique pour qu'apprendre avec nous soit ludique et pas malaisant, ce que nous ont demandé nos utilisateurs : un univers loin du porno, avec des tutos imagés en dessin. Certains de nos contenus sont mêmes repris par Tumeplay du Ministère de la Culture pour sensibiliser les jeunes.

Je voulais qu’une femme qui n’a pas beaucoup de plaisir ou ne connaisse pas bien sa sexualité puisse le faire facilement, et surtout efficacement. On peut lire beaucoup de contenu partout et les réseaux sociaux sont très bien fournis. C’est autre chose d’avoir des exercices pratiques qui vous guident et de pratiquer. Comme si vous vouliez vous mettre à la méditation, mais que vous ne fessiez que lire sur le sujet plutôt que de pratiquer.

Je voulais que les hommes qui me demandent tout le temps comment donner plus de plaisir puissent avoir des clés de lecture réalistes, avec une approche féministe loin des conseils donnés par les dragueurs en série qui pullulent sur youtube, qui contribuent à entretenir un rapport patriarcal déséquilibré en présentant la femme comme une proie ou un objet.

Je voulais que les couples qui font le très beau choix de s’engager, quel que soit le format choisi, puissent avoir une sexualité épanouie une fois la phase de lune de miel du début terminée, plutôt que de rapidement jeter une relation au lieu d’essayer de la travailler.

Et devenue maman, surtout maman solo au 1 an de mon fils, j’intègre ces paramètres de parentalité et de charge mentale dans nos parcours d’accompagnement digitaux. On a donc même un parcours de reprise de la sexualité après l’accouchement où on aide les jeunes parents à ne pas être “que” parent pour donner plus de chances au couple à un moment charnière.

J’ai fait un épisode sur l’éducation sexuelle dans lequel j’évoque les notions de consentement et plaisir. Selon toi, comment peut-on mieux intégrer ces notions au sein de notre société et les inculquer aux plus jeunes ?

Consentement

J’observe une attitude différente selon les générations. La génération Z (les personnes nées après 1995) a presque toujours été baignée dedans, donc pour eux le consentement est naturellement quelque chose d’important (90% en 2021 selon une étude d’OpinionWay). Résultat, leur approche a souvent moins ce caractère tabou ou mal à l’aise qu’on retrouve sur d’autres tranches d’âge, et l’expression du consentement y est plus fluide. Pour les autres, j’observe parfois une plus grande difficulté à la mise en oeuvre, même si, heureusement, la majorité valide le principe. Un des points qui pose problème ? Une certaine peur de perdre de la spontanéité en parlant. Et puis la fausse croyance que la sexualité doit être quelque chose de naturel, donc que le consentement aussi se fait tout seul.

Vu le nombre de ruptures de consentement qu’on rencontre encore chez edoni (souvent des personnes qui n’en sont même pas conscientes, car c’est à l’intérieur du couple !), on a intégré un petit programme court avec des exercices concrets pour s’entrainer. Par exemple : chaque partenaire va formuler une demande à l’autre (”je peux te toucher la main ?”), et se la voir refuser 3 fois d'affilée, les yeux dans les yeux, pour prendre l’habitude simple d’oser dire non.

Un point important pour mieux intégrer le consentement, surtout chez les jeunes, c’est de ne pas négliger la première étape dont on parle moins : Savoir ce que l’on veut.

C’est tout simplement de savoir ce que l’on veut, là, maintenant, avec cette/ces personne.s là. Et ce n’est pas évident pour tout le monde ! « Est-ce que vous, vous en avez envie, aujourd'hui ? » Et pas parce que c’est « l’étape d’après » de ce que vous êtes en train de faire (exemple : accepter une pénétration parce que vous avez accepté d’être nu dans un lit avec une personne), ou que c’est ce qui est attendu de vous par l’autre personne. Je remarque que c’est vraiment un point qui pose problème, puisque cela conduit certaines personnes à formuler un « Oui » de façon très mentale, alors que leur corps n’en a pas envie.

Plaisir

La notion de plaisir est encore marquée d’une forte empreinte patriarcale.

On devrait avoir du plaisir selon les modalités les plus visibles (porno), puisque c’est ce qu’on voit en majorité. Une fausse norme du plaisir s’invite dans la tête de certain.e.s, remplaçant l’univers érotique individuel, construit ou à construire. En bref, vous allez vous dire que vous aimez ou devez aimer telle pratique sexuelle parce qu’elle est partout dans les films porno, mais ne même pas vous poser la question de vos fantasmes à vous, ou avoir l’impression de ne pas en avoir. Et surtout lier la notion de plaisir à celle de normalité. Si vous ne prenez pas de plaisir comme cela, c’est que vous n’êtes pas normal.e. Et là on s’éloigne de tout potentiel d’épanouissement sexuel ou de connexion à soi.

J’ai aussi eu énormément l’inverse ! De par mon engagement fort, nous avons de nombreuses féministes dans nos utilisateurs chez edoni. Et pour certaines, le travail est d’accepter d’avoir des fantasmes qui leur semblent en désaccord avec leurs valeurs (par exemple : fantasme de domination par un homme). Alors que nos fantasmes appartiennent à notre monde érotique imaginaire, clés pour notre épanouissement sexuel, et n’ont rien à voir avec nos aspirations dans la réalité. Au contraire, la sexualité peut aussi être un exutoire très sain de certaines de nos pulsions.

Dans les sociétés occidentales, les femmes de couleur ont tendance à être hypersexualisées ou invisibilisées. D’après toi, comment peut-on se réapproprier nos corps ?

J’ai le même sentiment que toi. Surtout jeune ou avant d’avoir fait une démarche de travail sur soi, le regard que l’autre porte sur ton propre corps conditionne la façon dont tu le vois. Comme si ton corps existait par son reflet dans les yeux de l’autre. Recevoir un corps contraint par une hypersexualisation, ou au contraire invisible par sa couleur (retiré des filtres des apps de rencontre par exemple) est d’une extrême violence dans les deux sens. Surtout qu’en général nous vivons une alternance des deux.

La solution est un retour à l’intérieur de soi. De couper ces miroirs déformants pour se mettre à la recherche de sa propre vision intérieure de son corps.

  • La première clé de réappropriation est la perception de ce corps. D’utiliser des techniques de respiration, de méditation, de sophrologie, pour revenir dedans, et ne pas rester juste dans sa tête. Nous en proposons bien sûr une sélection chez edoni. L’idée est d’être littéralement incarné, c'est-à-dire que mon enveloppe charnelle soit l’expression physique de mon esprit. Ne plus sentir d’un côté son corps et de l’autre sa tête, mais les 2 ensemble, alignés.

  • Une fois que je suis dans ce corps qui est à moi, l’idée est de se demander régulièrement comment je le perçois, là, maintenant ? Et d’accepter que la réponse évolue. Intégrer le ET plutôt que le OU. Je peux avoir un corps maternel, allaiter, ET un corps sexuel qui désire.

  • La 3e et dernière étape est de travailler ces amplitudes d’expression pour se réapproprier, par le corps, toutes les facettes de son identité. Incarner l’expression de femme sexuelle et puissante qui peut faire peur, notamment par des mouvements de libération du bassin ou de danse. Incarner la femme enfant qui joue. Incarner la femme mère qui prend soin. Incarner la femme qui a des attributs perçus comme “masculins”. Et ainsi de suite.

Le sport aide aussi énormément car il permet de percevoir son corps en mouvement.

Tu animes des ateliers autour du plaisir féminin notamment pour les femmes ayant été victimes de violences sexuelles. Quels sont les plus grands défis que tu rencontres auprès de ces femmes et quels sont les outils que tu leur donnes ?

Je tiens à préciser que notre approche est complémentaire à une thérapie, et n’a pas but à s’y substituer sur ce type de traumatisme qui nécessite une prise en charge adaptée. (nous sommes d’ailleurs recommandés par des psys, des médecins, des sexothérapeutes).

Il s’agit plutôt, en parallèle ou après, d’utiliser des exercices pour aider les femmes à se réapproprier 3 éléments à la suite : leur corps, leurs fantasmes, leur plaisir.

  • Suite au choc, la déconnexion entre le corps et l’esprit est souvent forte. Les corps portent des marques de protection (rigidité, surpoids, peau qui envoie des signaux dissuasifs, odeurs corporelles ou intimes exacerbées). C’est une première étape clé d’avoir les outils et le soutien pour oser y retourner, et encore autre chose de réussir à s’y sentir en paix. Pour cela nous faisons respirer la femme avec son sexe, bouger son corps pour le sentir incarner au féminin (donc dans une zone à risques pour certaines), exprimer vocalement et physiquement ce qui doit sortir. Nous réintégrons une approche douce de ce corps parfois maltraité, avec des exercices autour du soin, comme des sessions d’auto-massages.

  • Ensuite, nous travaillons les fantasmes par des méditations guidées pour que la femme puisse avoir accès à cette partie souvent refoulée. C’est un autre point de blocage important, surtout quand les fantasmes sont de type viol ou domination (imaginez l’horreur première d’une femme qui a subi des abus, de ressentir de l’excitation à une situation de contrainte. Parce qu’elle a peur que cela veuille dire qu’elle a pris du plaisir pendant son abus, et que quelque part elle n’est pas légitime dans son statut de victime. Alors que cela n’est évidemment pas le cas.).

  • Enfin nous travaillons sur le plaisir en soi, par de la masturbation en conscience notamment pour que la femme retrouve son droit au plaisir, et quand elle est à cet endroit-là, l’exploration vers l’épanouissement sexuel plus classique peut commencer.

Pour finir, travailles-tu sur d’autres projets et qu’aimerais-tu accomplir de plus ?

Je travaille sur un programme pour permettre aux femmes excisées de jouir et d’avoir un accès facilité à l’épanouissement sexuel. La symbolique est incroyablement forte. Ce geste d’excision qui retire à la femme sa puissance orgasmique pour la faire taire, la dominer, rendu inefficace. Proposer que même mutilée, une femme puisse libérer sa puissance. Ce programme serait bien sûr distribué gratuitement grâce à edoni.

Ce que j’aimerais accomplir de plus en fait ?

Faire d’edoni une startup française qui révolutionne le monde et la société, en devenant le leader international du bien-être sexuel digital.

Pour en savoir plus sur Aurélie et sur edoni :

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